August 22, 2007
Le jour…naliste
Bizarre le rapport que les politiques entretiennent avec la faune journalistique. On a besoin d'eux, mais on les craint. On les déteste de découvrir les petits secrets des uns et des autres, et surtout les nôtres, mais on voudrait bien s'en servir pour tester nos ballons d'essais ou pour qu'ils fassent la job à notre place quand vient le temps de salir l'adversaire.
Les deux collines parlementaires ont des moeurs fort différentes. À Québec, c'est relativement civilisé. Question de langue commune? Peut-être. Question aussi de culture commune, je dirais. Certains journalistes sont craints comme la Peste, d'autres sont reconnus pour leur immense paresse. L'accomplissement ultime d'un attaché de presse est de voir un communiqué repris presque textuellement, mais sous la signature d'un journaliste de la presse écrite. Et croyez-moi, ça n'arrive pas que dans les hebdos régionaux! Dans mon temps, la relation entre attaché de presse et journalistes était courtoise, amicale, mais pas "friendly". Il n'y a jamais de "off record" avec un journaliste. Certains méritent le respect, certains sont devenus des amis après. D'autres resteront à jamais gravés dans ma mémoire comme de beaux salauds. Malgré la "neutralité" journalistique, il est parfois facile de deviner où vont les sympathies du journaliste qui pose les questions. Mais règle générale, les péquistes penseront que tous les journalistes sont libéraux, les libéraux croient qu'ils sont tous péquistes, et je parierais que les adéquistes considèrent qu'aucun n'est de leur bord!
Je crois que Lucien Bouchard a instauré, alors qu'il était premier ministre, des "règles du jeu", avec une utilisation plus fréquente du "hot room" . Auparavant, il n'était pas rare de voir les journalistes accompagner les ministres jusqu'à la porte du salon bleu. Quand vous faites la nouvelle, et pas pour de bonnes raisons, c'est le plus long corridor au monde que celui qui vous amène de l'entrée de l'Assemblée nationale (la porte 6) jusqu'au salon bleu.
Dans l'autre capitale nationale, c'est plus pernicieux. D'abord parce que la compétition est vive. Il faut avoir assisté à un "scrum" pour voir à quel point les preneurs de son sont prêts à tout pour avoir "the quote". Quitte à assommer les collègues, l'attaché de presse ou toute autre personne ayant le malheur de se trouver entre la pôle et la personne interviewée. Et puis, il est de rigueur de fréquenter le prestigieux bar du "Press Club", ne serait-ce que pour développer son réseau. Enfin, il n'est pas rare que ministres et députés lunchent en tête à tête (donc sans personnel politique autour) avec les journalistes ayant la côte. Refuser, c'est prendre le risque d'être boudé sérieusement. Ce qui n'est jamais bon pour un politicien.
Là aussi, certains journalistes sont plus prisés que d'autres. Pour leur rigueur journalistique, mais également pour leur personnalité. Patrice Roy fait partie de ceux-ci. Je comprends que Radio-Canada en est fait son chef de pupitre: il est non seulement agréable à côtoyer, mais rarement j'ai entendu des commentaires défavorables à son égard du côté des politiques. Il n'est pas aimé - faut quand même pas rêver!, mais il ne fait pas partie de la liste de ceux qu'on souhaite voir couvrir l'Antartique en p'tites culottes.
C'est pourquoi je trouve d'une tristesse absolue ce qui lui est arrivé aujourd'hui. Patrice Roy n'est pas un correspondant de guerre, Radio-Canada n'est pas CNN, et le fait de passer aussi prêt de la mort n'en fera pas un meilleur journaliste. Un meilleur humain peut-être, mais pas un meilleur journaliste. Bien sûr, la mort de deux autres soldats québécois fait rager, mais les soldats savent dans quoi ils s'embarquent. Personne ne les force à être soldat. Est-ce pour les côtes d'écoute qu'on envoie des journalistes se faire tirer dessus ?
Déjà qu'après un premier bodybag rapatrié aujourd'hui, les sondages démontrent que l'appui à la mission chute de plus en plus au Québec, j'imagine que quand les gens vont faire le lien avec un visage connu de l'information, ça n'aidera en rien la cause. D'ailleurs, je m'en vais de ce pas écouter les déclarations de nos politiciens. C'est le premier vrai test pour l "équipe de relève" (McKay, Bernier et cie) afin d'expliquer pourquoi, oh! pourquoi et oh! combien notre présence est importante en Afghanistan. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai comme l'impression qu'ils auront besoin de beaucoup, beaucoup de spins doctors.
Dites-le sur ...
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